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11 septembre 2019

Marie-Christine Gaudreau - mcgaudreau@lexismedia.ca

Des conséquences qui pèsent lourds

Partage de la route

Unité mobile de prévention SAAQ

©Photo gracieuseté

Une unité mobile de prévention sillonne les routes du Québec depuis 2018 et s’arrête dans les grands événements afin de sensibiliser le public à la réalité des conducteurs de véhicules lourds, notamment en termes de visibilité.

CONDUITE. En 2018, le nombre d’accidents mortels impliquant au moins un véhicule lourd a bondi de 15% par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. Ce ne sont pas moins de 68 événements qui ont engendré le décès d’une ou plusieurs personnes l’année dernière. Pour l’ensemble du Québec, tout près de 11 000 accidents impliquant un camion lourd ou un tracteur routier ont été enregistrés en 2018, soit 1000 de plus qu’en 2013. Comment peut-on expliquer cette hausse inquiétante?

Dans un premier temps, force est de constater qu’on dénote une croissance similaire du nombre de véhicules en circulation. La présence de camions lourds a connu une ascension de 9,4%, totalisant plus de 150 000 véhicules en circulation sur les routes québécoises. Du côté des automobiles et des camions légers, on en retrouve 7,3% davantage que par les années précédentes. Ils sont plus de 5 millions sur nos routes.

 

« Le nombre d’accidents est proportionnel à l’agrandissement du parc automobile. S’il y a plus de véhicules sur la route, ça va de soi qu’il y ait plus d’accidents », remarque la relationniste à la Société de l’assurance automobile du Québec, Sophie Roy. Bref, si on ne peut pas parler de réelle hausse, on remarque toutefois une constance tant sur le nombre global d’accidents que sur les collisions fatales. Depuis plusieurs années, la SAAQ martèle le paysage de campagnes de sensibilisation à propos du partage de la route.

 

« Lourd de conséquences »

Directement en lien, la Société lançait en 2016 sa campagne « Lourd de conséquences » destinée spécialement aux conducteurs de véhicules lourds, ainsi qu’à leurs propriétaires et exploitants. Cette campagne a été conçue dans le but de sensibiliser les personnes concernées aux causes les plus fréquentes d’accidents, en plus d’aborder de grandes problématiques rencontrées dans l’industrie du camionnage. On note ici la conduite avec les facultés affaiblies par la fatigue, l’omission du port de la ceinture de sécurité, la présence de nombreuses sources de distractions et la négligence à adapter sa conduite en fonction des conditions routières. La campagne « Lourd de conséquences » conscientisait les conducteurs de poids lourds à la présence des automobilistes à leurs côtés, mais aussi celle des piétons et des cyclistes qui sont particulièrement vulnérables.

 

Toujours selon la SAAQ, la majorité des accidents impliquant des véhicules lourds sont causés par des comportements inadéquats ou des erreurs de conduite des usagers qui circulent autour d’eux. Par conséquent, en 2018, une campagne ciblant cette fois-ci les automobilistes, piétons et cyclistes fait son apparition. « Vous ne faites pas le poids » aspire à sensibiliser les usagers de la route aux comportements sécuritaires à adopter en présence de véhicules lourds. « Il faut savoir que le nez du camion crée un angle mort important. Il est primordial que les piétons et les cyclistes en soient conscients et qu’ils ne restent pas dans cette zone-là », indique Sophie Roy. Dans la campagne-choc, on insiste d’ailleurs sur le fait qu’en certaines zones trop près du véhicule lourd, les autres usagers deviennent invisibles pour le conducteur, faisant grimper dangereusement le risque qu’un événement fatal survienne.

 

Comprendre la réalité

À ce chapitre, une unité mobile de prévention a pris la route en 2018 et s’arrête dans de nombreux événements publics. Un camion bordé de grands tapis rouges délimitant les angles morts du conducteur ouvre sa cabine au public. Sur une base volontaire, le grand public peut obtenir une bonne démonstration de la réalité vécue par les camionneurs. Si certains comme Denis Houle, enseignant au Centre de formation en transport routier de Joliette, sont d’avis qu’une balade à bord d’un poids lourd dans le cadre de la formation de conduite serait une denrée à valeur inestimable pour les jeunes conducteurs, à la SAAQ on ne commente pas la suggestion. Mme Roy défend néanmoins que le partage de la route fasse partie intégrante des messages de sensibilisation portés par la SAAQ et qu’un module complet porte sur ce thème dans les cours des apprentis conducteurs.

 

Vérifications faites, les nouveaux conducteurs sont effectivement mis en garde quant aux particularités de la cohabitation avec les poids lourds sur la route. Le module intitulé « Partage de la route » aborde la question du partage avec l’ensemble des usagers que l’on peut y retrouver. Dans ce tour d’horizon, on aborde les zones d’angles morts autour d’un camion, le poids et la distance de freinage requise, la lecture des panneaux qui peuvent être présents sur les semi-remorques indiquant notamment la présence de matières dangereuses ou d’un chargement hors-norme. On prévient les jeunes conducteurs des risques reliés aux turbulences qui sont susceptibles de survenir à proximité d’un véhicule lourd comme l’éclaboussement ou la visibilité réduite, ainsi que la possibilité de recevoir un projectile causé par l’éjection d’un objet ou d’un caillou du dessous de la remorque ou des pneus. On recommande aux automobilistes de ne pas prolonger la proximité avec les poids et de demeurer loin devant ou derrière ces véhicules.

Camion

©Photo Marie-Christine Gaudreau

L'utilisation de divers outils électroniques tels que l'ordinateur de bord, le GPS et le téléphone cellulaire durant la conduite représentent des éléments de distraction importants.

Des gestes qui ne pardonnent pas

Si tous les efforts d’éducation et de sensibilisation sont tenus, que reste-t-il pour expliquer que les statistiques ne suivent pas le pas aux efforts mis à contribution? À la Société de l’assurance automobile du Québec, on suggère que la présence accrue d’éléments de distraction durant la conduite n’y soit pas étrangère. « Dans les dernières années, la distraction a largement pris le dessus sur les autres causes d’accidents. Auparavant, on retrouvait la vitesse en tête de liste », explique Mme Roy. Effectivement, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2014 et 2018, les policiers ont rapporté la distraction à titre de facteur contributif dans 52,1% des accidents corporels impliquant au moins un véhicule lourd. Pour l’ensemble des accidents corporels, ce chiffre grippait à 55%. Très loin derrière, on retrouve la conduite ou vitesse imprudente dans 17% des cas. Par distraction, on entend l’utilisation d’un appareil électronique pour téléphoner, texter ou choisir sa musique, le fait de fumer, boire ou manger en conduisant, la manipulation de la radio ou d’un GPS, ainsi que les interactions avec les passagers à bord du véhicule.

 

Bien que la SAAQ ait aussi fait du cellulaire et des textos un important cheval de bataille depuis 2011, il appert que les comportements risqués persistent. Rappelons-le, ces risques qui peuvent sembler anodins alourdissent sans contredits les bilans routiers et alimentent l’actualité de tragédies routières.

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