Retour sur la journée des échanges dans la LNH

La chronique de Martin McGuire

Publié le 7 mars 2017

Dwight King

©AP

Maintenant que le tourbillon du 1er mars, date limite des échanges dans la LNH est passée, regardons ce que la tempête a laissé.

Pas spectaculaire vous me direz. Le 1er mars 2017 aura été l’une des plus petites de ces dernières saisons en termes de mouvements de personnel. Les directeurs généraux de la LNH ont les mains liées avec une convention collective leur imposant un plafond salarial rigoureux qui, surtout en raison de la faiblesse du dollar canadien, ne monte pas.

Je vous rappelle qu’avec 31 équipes, la LNH génère essentiellement ses revenus à partir du tiers, soit 10 équipes. Ses revenus sont concentrés autour des équipes canadiennes, mais pas toutes et quelques marchés au nord des États-Unis. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas eu beaucoup de transactions.

L’incertitude autour d’un repêchage d’expansion pour les Golden Knights de Las Vegas a aussi rendu l’exercice compliqué.

À Montréal, Marc Bergevin a manœuvré avec prudence. Comme si vous alliez au magasin avec un petit budget. Ce n’est pas le temps de se lancer dans les grosses dépenses lorsque vous n’avez pas de marge. Vous allez donc au rayon des aubaines!

Il y a de belles aubaines, mais aussi des choses que vous vous procurez et que vous entassez dans votre rangement à la maison. C’est la même histoire avec le directeur général du CH. Incapable en raison du plafond qui ne monte pas d’ajouter un attaquant de premier ordre ou un défenseur gaucher capable de devenir le futur partenaire de Shea Weber, Bergevin s’est tourné vers la profondeur.

Sa plus belle acquisition jusqu’à maintenant est celle du défenseur Jordie Benn. C'est un défenseur solide, fiable, qui n’a rien de spectaculaire dans son jeu, à part sa barbe, mais qui est venu solidifier le troisième duo de défenseur du Tricolore. Cette acquisition a donné à Claude Julien l’occasion de se stabiliser sa défensive et de replacer le CH sur le sentier de la victoire. Jordie Benn est sous contrat pour l’an prochain et gagnera à peine 1,2 million $. N’en jetons pas plus, la cour est pleine, ce n’est que Jordie Benn après tout.

Dwight King à l’attaque représente une acquisition intéressante. Un ailier avec des qualités physiques évidentes, un costaud comme peu d’attaquants du CH, qui a gagné la Coupe Stanley avec les Kings et qui a seulement 27 ans. King n’a coûté qu’un choix conditionnel de 4e ronde. Les Kings étaient plus ou moins satisfaits de lui cette année et s’il peut donner ne serait-ce que trois bons mois de hockey au Canadien, ça aura été une aubaine.

Les autres sont :

-Le défenseur Brandon Davidson a à peine joué régulièrement avec les Oilers et ne menacera pas le poste de Nathan Beaulieu comme 5e défenseur. Mais Davidson n’a que 25 ans.

-Le vétéran Steve Ott vient combler un besoin intéressant. C’est un joueur qui a beaucoup de vécu, un vétéran passé maître dans l’art d’animer un vestiaire, un joueur polyvalent qui peut jouer dur et comme il le disait si bien « accepter son rôle de réserviste ». Pour un choix de 6e ronde, c’est parfait.

-Le cas d’Andreas Martinsen, acquis de l’Avalanche du Colorado, est aussi intéressant. Un patineur de 6’3, échangé contre Sven Andrighetto pour qui le Canadien n’avait plus de plans d’avenir, Martinsson, qui aura 27 ans, peut offrir encore du bon à une équipe. Il ne faut pas s’attendre à des miracles, mais il a connu un bon début la semaine dernière contre les Rangers de New York.

Tout ça laisse le CH dans une situation avantageuse. Il y aura compétition à l’interne sur les postes de joueurs de soutien. Une bonne chose puisque certains ont eu tendance à s’endormir. Ceux qui devaient produire de manière périphérique ont failli à la tâche ces dernières semaines. C’est pourquoi le CH a dû faire de petits miracles en prolongation pour l’emporter.

Le Canadien n’est pas plus fort qu’il était, mais Carey Price est redevenu dominant et le nouvel entraîneur a rapidement pris les moyens pour redonner confiance à une équipe à la confiance morcelée et ramener une atmosphère plus positive au sein de sa troupe.

Ailleurs dans la ligue

Les deux meilleures équipes à la date limite étaient les Capitals de Washington et le Wild du Minnesota. Ce furent les deux seules équipes qui ont sacrifié des choix de première ronde lors de la date limite des échanges.

Le Wild a troqué avec les Coyotes de l’Arizona pour Martin Handzal et les Capitals avec les Blues de St. Louis pour Kevin Shattenkirk. Avec ces deux acquisitions, le Wild et les Capitals sont en business. Pour eux, le timing était bon. Pas pour Marc Bergevin…

Le Wild arrive à maturité et les Capitals écrasent tout sur leur passage. C’était logique de voir ces deux équipes maximiser leurs rangs. Mais attention, les Caps et le Wild ont des rivaux qui ont déjà commencé à montrer des dents.

Les Caps devront solutionner les Penguins de Pittsburgh avant de penser à organiser une parade dans les rues de la capitale. Les Penguins, en dépit d’une défensive décimée, ayant été forcés de faire l’acquisition d’Hainsey et Streit à la ligne bleue, sont encore plus que jamais en vie grâce à Sidney Crosby et à la grande compétition que se livreront les gardiens Murray et Fleury.

Dans l’autre conférence, le Wild doit faire face aux irrésistibles Blackhawks de Chicago. À un certain moment cette saison, ils avaient prêt de 10 points de retard sur le Wild. Maintenant, les triples champions de la Coupe Stanley n’ont plus qu’un seul point de retard. Tiens, toi!

Repêchage d’expansion

À Boca Raton en Floride, les directeurs généraux de la LNH se réuniront et auront quelques discussions encore animées sur des règlements qui en emmerdent certains.

Les reprises vidéo concernant les hors-jeu chatouillent. On voudrait modifier le règlement, de sorte que dès qu’un joueur touche la ligne bleue, que ce soit avec le bout de ses orteils ou de son talon qu’on puisse être capable de trancher, comme c’est le cas avec la ligne des buts au football. Tu touches, c’est ok, sinon, tu ne touches pas. Aussi simple que ça.

On discutera aussi du fameux congé de cinq jours, de la mobilité qu’on devra lui donner l’an prochain. Mais les directeurs généraux ne discuteront pas des Jeux olympiques, ce n’est pas eux qui décident.

Pour le reste, ils prendront un peu de soleil et un de leurs homologues, George McPhee, des Golden Knight de Vegas, qui soit dit en passant existent officiellement depuis une semaine, devra avoir recours à une belle grande suite dans l’hôtel où auront lieu les discussions. McPhee recevra beaucoup de monde, pas pour des canapés et du vin, mais pour le repêchage d’expansion.

Des équipes voudront manœuvrer pour exposer certains joueurs, par exemple, de mauvais contrats, et en garder d’autres au meilleur rapport qualité/prix. Chez le CH, par exemple, on pourra exposer le contrat de Tomas Plekanec et ses 7 millions $ de l’an prochain, et on gardera Andrew Shaw, qui empochera moins de 4 millions $ au cours des trois prochaines années.

McPhee ne ramassera pas tous les mauvais contrats de ses homologues, mais en gardera quelques-uns. Un informateur avisé me disait que les Golden Knights chercheront à récolter des choix au repêchage à l’encan amateur de 2017 et à celui de 2018, qu’on dit plus intéressant au niveau du talent. Le but étant de se bâtir rapidement une banque de bons jeunes joueurs.

Alors attention, messieurs de la LNH, ça vous coûtera des choix pour expédier un de vos mauvais contrats à Las Vegas… George McPhee est un architecte avisé, il est solidement entouré de bons conseillers. Les Golden Knights ne commettront pas l’erreur de ramasser le bois mort des autres équipes.

En passant, quand pourrons-nous, médias canadiens, qui travaillent dans des villes de marchés chauds de la LNH, avoir l’honneur de tenir une réunion des directeurs généraux, là où le hockey prendre toute la place!

En attendant, les directeurs généraux incluront la protection solaire dans leurs bagages, mais n’auront pas à se méfier des vilains journalistes. Bonne semaine!

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