L’Arnaqueur et l’Épargnant
Pastiche de la fable « Le Loup et le Chien » de La Fontaine
Une Fripouille ne rêvait que d’avoirs et d’argent,
Tellement la cupidité favorisait d’opulentes transactions.
Cet escroc approche un Épargnant aussi déterminé que prudent,
Confiant, audacieux, qui s’était présenté sans appréhension.
L’amadouer, le foutre dans sa poche,
Damnée Crapule visait la sacoche
Mais il savait user de diplomatie,
Car l’Épargnant démontrait de l’énergie
Pour se protéger adéquatement.
L’Arnaqueur alors le manipule habilement,
Multiplie les hommages et le couvre d’encens
Pour sa prévoyance qu’il honore.
- Il n’appartiendra qu’à vous, habile Mentor,
D’être plus avisé que moi, lui répliqua l’Épargnant.
Prenez mes économies, elles décupleront d’autant.
Vos Associés y travaillent avec ardeur,
Journaliers, professionnels et petits investisseurs
Dont le souci est de rentabiliser leurs placements.
Comment? Rien de magique : pas de folles équipées;
Tout sous le contrôle du financier.
Acceptez-moi : je serai un très bon client.
L’Arnaqueur réfléchit : Comment devrais-je procéder?
-Très simplement, suggéra l’Épargnant, laisser la chance aux coureurs.
Traînant alors serviette et documents;
Détourner l’argent des fonds; aux investisseurs, mentir.
Faisant suite, le bénéfice
Prendra considérable ampleur de diverses façons :
Acquisitions de propriétés, acquisitions de millions,
Sans compter les multiples extravagances.
L’Arnaqueur, ainsi, se bâtit un empire
Qui le fait nager dans l’abondance.
Dénonciations aidant, la justice découvrit le drame de l’Épargnant.
- Que dites-vous de cela? demanda le Juge à la Fripouille.
-Néant. – Quoi? Néant? – Rien à dire. -Mais alors?
– Les plaintes dont je suis harcelé
De ce que vous savez sont sûrement la conséquence.
-Harcelé? s’insurgea le Juge. Vous n’admettez donc pas que vous volez?
– Pas vraiment, mais peu importe!
-Votre suffisance importe tellement que, pour toutes vos opérations,
Je ne vous accorde aucun pardon,
Et ne désirerais pas, même un instant, votre richesse.
Sur ce, l’Arnaqueur est écroué pour expier ses bassesses.
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Depuis les retraits frauduleux
Chaque investisseur floué
Porte la croix douloureusement.
Vingt, cent fois effondré
Il se relève courageusement
Victime de ces financiers véreux.
Fier du pécule accumulé
Le travailleur, honnête et ambitieux
Avait nourri de grands espoirs.
Sous l’emprise des Norbourgeois astucieux
Il n’est resté à l’épargnant que les fonds de tiroirs.
Cruelle réalité : le magot s’est envolé.
À l’ombre, l’accusé rêve à son pognon.
Ceux qui ont perdu leurs économies
N’ont plus de rêves ni d’illusions.
Françoise Poirier-Dufresne