L'aide médicale à mourir, une délivrance pour son père

Caroline Morneau caroline.morneau@tc.tc
Publié le 9 octobre 2016

Marie-Ève Venne.

©Photo TC Media - Caroline Morneau

TÉMOIGNAGE. «Merci de m'avoir compris», a murmuré Michel Venne avant de fermer les yeux pour de bon. Ses dernières paroles étaient adressées au jeune médecin qui lui prodiguait l'aide médicale à mourir, sous les regards sereins de son épouse, sa fille et son gendre.

Ce n’est pas l’aide à mourir que mon père a reçue, mais bien une aide pour la délivrance. Marie-Ève Venne

Le diagnostic du cancer de l'estomac est tombé le 25 juillet, raconte Marie-Ève Venne, fille de Michel. C'est à ce moment qu'elle a appris que les jours de son père étaient comptés. Sa mère et elle ont accompagné l'homme de 60 ans jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il ait finalement recours à l'aide médicale à mourir, le 8 septembre.  

«L’incompréhension et le jugement entourant cette loi résident en grande partie, selon moi, dans la simple manière de la nommer. Ce n’est pas l’aide à mourir que mon père a reçue, mais bien une aide pour la délivrance», illustre la résidente de Saint-Côme, dans une lettre qu'elle a soigneusement composée trois jours après le décès de Michel.

Spontanément, le 11 septembre, Marie-Ève a eu envie de mettre des mots sur les émotions qu'elle ressentait et sur l'expérience qu'elle avait vécue. Elle a publié une lettre sur sa page Facebook afin d'expliquer à son entourage, et aussi au grand public, que le choix de son père de recourir à l'aide médicale à mourir était le seul qui s'offrait à lui. La seule option envisageable pour lui permettre de terminer sa vie «dans la dignité».

«Ce n'est pas tout le monde qui comprend. Mon père a dû s'expliquer à quelques personnes dans ma famille, d'ailleurs. Il y a encore des doutes face à la nouvelle loi. C'est pour ça que j'ai écrit cette lettre. Pour que les gens comprennent», explique-t-elle à L'Action.

Le combat de Michel Venne a commencé bien avant qu'il ne reçoive un diagnostic officiel. Les premiers symptômes de la maladie sont apparus en janvier 2016, laissant d'abord croire aux médecins qu'il souffrait de reflux gastriques. Puis, des tests ont démontré, en juin, qu'il était en fait atteint d'un cancer des ganglions, une maladie curable, selon les spécialistes.

Le 25 juillet, finalement, la famille Venne a appris que Michel souffrait aussi d'un cancer de l'estomac. Cette fois, le constat était sans équivoque. Il n'y avait aucune chance de guérison.

«On était dévastés», dit simplement Marie-Ève en repensant au moment où elle a compris que son père allait mourir. Doucement, le choc de la nouvelle a laissé place à la colère et à l'incompréhension, puis à la résignation et à la sérénité.

Après le diagnostic, l'état de Michel s'est rapidement dégradé. Il a perdu 80 livres en un mois et demi. Il n'arrivait plus à manger et peinait à se déplacer.

«Il souffrait physiquement, mais c'était surtout difficile pour son moral. On ne supportait plus de le voir comme ça. Mon père voulait l'aide médicale à mourir. C'était la seule porte de sortie qu'il voyait.»

Michel Venne a souhaité que sa fille prenne une photo de lui, juste avant que l'aide médicale à mourir lui soit prodiguée. Il voulait démontrer la sérénité qui l'habitait, le 8 septembre au matin.
Photo gracieuseté

Un long processus

Plus d'un mois s'est écoulé entre la première demande de Michel et le moment de l'acte. C'est que, le premier médecin à qui il a formulé le souhait de recourir à l'aide médicale à mourir était réticent à enclencher les procédures.

«Il disait que la mort de mon père n'était pas suffisamment imminente, qu'il était préférable d'attendre. Le deuxième médecin qu'il a rencontré, quelques semaines après, toutefois, a accepté d'entamer les démarches», se souvient Marie-Ève Venne.

Un formulaire a été signé attestant que Michel répondait aux critères et qu'il avait la lucidité requise pour prendre la décision de recourir à l'acte médical.

Dix jours plus tard, un autre médecin étudiait l'état de l'homme afin de corroborer le constat établi par le précédent médecin.

Rappelons que des modifications ont récemment été apportées à la loi provinciale sur l'aide médicale à mourir par souci de conformité à la loi fédérale adoptée le 17 juin. On impose désormais un délai de dix jours entre la demande et sa réalisation, d'où la raison pour laquelle une si longue période s'est écoulée entre les deux évaluations qu'a reçues Michel.

«La deuxième évaluation s'est déroulée le 6 septembre. Deux jours plus tard, c'était le moment du grand départ, le 8 septembre en matinée.»

Michel a choisi de se voir administrer l'aide médicale à mourir dans un établissement de santé du nord de Lanaudière. Par souci de confidentialité, Marie-Éve a préféré taire le nom de l'endroit et l'identité du médecin qui l'a accompagné.

«Tout ce que je peux dire, c'est qu'on a reçu beaucoup d'amour. Ce sont de véritables petites chaleurs humaines qui se sont occupées de mon père, ma mère et moi.»

Bien qu'elle déplore les tabous entourant l'aide médicale à mourir et le délai qu'elle juge trop long entre le moment de la demande et celui de l'acte, Marie-Éve se dit soulagée par la tournure des événements.

«On s'est tout dit. On n'a pas de regrets et on était prêts. Mon père paraissait tellement bien le jour du grand départ, il savait ce qu'il faisait. Juste avant de fermer les yeux, il nous a dit qu’il nous aimait. Mais surtout, il a remercié le médecin de l'avoir compris.»