Aveugle et ébéniste

Élise
Élise Brouillette
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L’univers de Jean-Claude Beauséjour

Jean-Claude Beauséjour est un passionné d’ébénisterie. Jean-Claude Beauséjour est également aveugle. Il travaille toutefois le bois quotidiennement et est l’auteur de maintes œuvres et rénovations au sein de sa résidence de Saint-Jacques. « Je ne me suis jamais empêché de faire ce que je voulais. Ne rien faire, c’est plate », déclare-t-il d’entrée de jeu.

M. Beauséjour a travaillé dans le domaine de la construction jusqu’à ce qu’il perde la vue à la suite d’une maladie, la rétinite pigmentaire, en 1967, à l’âge de 25 ans. Celui qui travaillait déjà le bois depuis son jeune âge n’a toutefois jamais cessé de se consacrer à son passe-temps.

L’homme se sert d’outils adaptés à sa situation et, concède-t-il, le travail est plus long à réaliser. Cependant, Jean-Claude Beauséjour note, « que ça prenne plus de temps, ça n’a pas d’importance. Au moins, je le fais. »

La résidence qu’habitent Jean-Claude et Thérèse Beauséjour est truffée de rénovations accomplies par l’artisan, que ce soit la construction de chambres à l’étage ou, à l’extérieur, d’une galerie et d’une clôture qui a récemment été érigée. Si Jean-Claude Beauséjour bénéficie parfois de l’aide de proches afin de compléter ses travaux, il souligne que le gros du travail, il le fait seul.

Sableuse, scie à ruban, perceuse, l’atelier de l’ébéniste contient une panoplie d’outils qui permettent à l’homme de toujours avoir les deux mains libres puisqu’ils sont dotés de pédales qu’il active avec le pied ou avec le genou. Lorsqu’il travaille avec la scie à ruban pour tailler ses pièces de bois, il emploie aussi des patrons qui lui servent de guides. Il n’y a que l’utilisation de sa cloueuse à air qui le rendait craintif, mais l’expérience lui aura prouvé qu’elle est sécuritaire. Cependant, cette inquiétude n’était nullement liée à sa condition particulière. « Même un gars qui voit peut se blesser », affirme-t-il.

Parlant de blessure, Jean-Claude Beauséjour explique avoir reçu des points de suture à la main, il y a plusieurs années, « pour un coup de sans-dessein ». « J’ai voulu me dépêcher », avoue-t-il. Rien de majeur, cependant, depuis cette mésaventure-là.

Parmi ses nombreuses réalisations, Jean-Claude Beauséjour nous présente d’immenses paniers et des canards pour des fleurs, sa clôture de dix panneaux, un secrétaire et un petit banc. Les pièces de l’ébéniste sont ensuite peintes par la femme de ce dernier, Thérèse, qui a pris des cours de peinture sur bois. Cette dernière applique également la technique qu’elle a apprise au tissu en réalisant des sacs aux motifs variés. Les œuvres de Jean-Claude Beauséjour ne sont pas soumises à la vente, mais il note avoir eu des demandes pour des paniers à fleurs.

M. Beauséjour explique être assez difficile dans son travail, à l’instar de sa femme. « Je suis content quand les gens disent que c’est beau ce que je fais, cependant, il faut que ça soit au goût de Thérèse. »

Jean-Claude Beauséjour est toujours dans son atelier, aux dires de Thérèse, et ce dernier enchaîne, « je n’ai jamais arrêté de travailler le bois, j’ai toujours eu l’habitude de me débrouiller. C’est rare que je reste assis. »

L’artisan serait doté d’une excellente mémoire. « C’est lui qui nous guide quand on est en voiture », s’exclame d’ailleurs Thérèse.

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